En quête de millions pour la stratégie contre le changement climatique

"La Dominique, l'Ile nature des Caraïbes avec un excès de 60 pour cent de couvert forestier, a le potentiel pour continuer d’être l'un des quelques pays neutres en carbone dans le monde puisque nous explorons aujourd'hui les possibilités d’exploiter notre énorme potentiel géothermique", a déclaré le ministre de l'Environnement, Dr Kenneth Darroux.

A la fin de la conférence des donateurs, le 23 mars, la Dominique espérait obtenir des engagements atteignant un total de 60 millions de dollars pour entreprendre des projets allant de la construction de murs de défense de la mer à la sécurité alimentaire, en passant par les énergies renouvelables et les ressources en eau dans le court et le moyen terme, et jusqu’à 200 millions de dollars pour des projets à long terme.

Le consultant George Romelli, qui a aidé à rédiger le document, a indiqué qu'il est concentré sur la croissance à faible carbone, le développement durable, la réduction de la pauvreté, et une gamme d'autres problèmes.

"Ce ne sont pas seulement les technocrates qui disent 'oui, nous devons examiner les risques liés aux changements climatiques', ce sont aussi les populations qui disent 'comment pouvons-nous répondre aux besoins des gens ordinaires, comment allons-nous aborder les préoccupations relatives à la sécurité alimentaire, aux moyens de subsistance, comment pouvons-nous résoudre les problèmes de pauvreté, d'éducation, de santé', a-t-il a souligné lors d’une conférence de presse en prélude à la rencontre.

Cette stratégie, qui est appuyée par un crédit de neuf millions de dollars disponible à la Dominique au titre du Programme pilote de la Banque mondiale pour la résilience climatique (PPCR), présente la détermination de l'île à avoir une "économie verte" d'ici à 2020.

Romelli a prévenu que bien que la Dominique ait la chance d'être dans une position d'un pays neutre en carbone, elle est en train de perdre des zones boisées en raison d'événements naturels et humains.

En 2011, des inondations et glissements de terrain, dus à d’intenses précipitations inhabituelles, ont causé plus de 100 millions de dollars de dégâts. L'année précédente, l'île a connu sa plus grave sécheresse, suivie d’un ouragan.

Les autorités locales disent que ces évènements combinés ont infligé un choc sévère au secteur de l'agriculture, qui emploie 25 pour cent de la population active de la Dominique, et génère environ 15 pour cent du produit intérieur brut.

Le Premier ministre, Roosevelt Skerrit, a indiqué que la vulnérabilité de l'île aux changements climatiques est exacerbée par sa situation économique actuelle, sa structure socioéconomique, et la forte concentration des infrastructures le long du littoral.

A ce jour, des projets d'atténuation et d'adaptation rigoureusement développés ont dominé les politiques d’action contre les changements climatiques adoptées par la Dominique. Cela a entraîné l'accumulation de plusieurs efforts, isolés en nature, pour aborder un problème transversal", a-t-il dit.

Skerrit a affirmé que de nouvelles et innovantes approches programmatiques sont nécessaires pour répondre aux défis et incertitudes des changements climatiques, et que les processus de développement doivent être rendus plus résistants au climat et plus faibles en émissions de carbone.

"La Stratégie de développement faible en carbone et résilient au changement climatique servira non seulement de lien programmatique pour capturer des sources classiques et innovantes de développement durable et de financement du climat, mais elle devrait aussi aider à faciliter la transformation de la Dominique en une économie résistante au climat tout en mettant en œuvre, en surveillant et en renforçant les projets et programmes de développement existants résilients aux changements climatiques à faibles émissions", a-t-il ajouté.

Ce document de 69 pages indique que la Dominique est parmi les rares pays qui peuvent être qualifiés de "neutres en carbone" à la lumière de son utilisation limitée des combustibles fossiles - 28 pour cent de l'énergie de l'île provient de sources renouvelables - et du système d'aires protégées qui servent de puits de carbone.

La Dominique n'est pas susceptible d'emprunter la voie que la Guyana a suivie en termes d’efforts pour obtenir des fonds pour le climat en échange du non abattage de ses forêts.

Darroux a déclaré que la Dominique ne dispose pas de vastes étendues de forêts comme la Guyana, et qu’un tel projet dans le pays ne serait pas aussi lucratif, mais que l'île serait plus susceptible d'adopter son propre programme "REDD-Plus".

Le schéma général sur l'utilisation des terres a été dicté par des limites topographiques. Les altitudes les plus hautes et plus robustes à l'intérieur sont restées inaccessibles et par conséquent, le couvert forestier prédomine, bien qu'il y ait eu une perte progressive de cette dernière dans les altitudes les plus basses.

Le rapport de l’Organisation pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) relatif aux Profils pays sur les forêts, les prairies et les terres sèches, indique un pourcentage de réduction du couvert forestier par rapport à l’étendue de terre de 65 à 61 pour cent au cours de la période de 1990 à 2000.

Une grande partie de la perte des forêts enregistrée est due à la vente des terres d’Etat et la conversion subséquente du couvert forestier. La plupart de ces terres ont été consacrées à la production agricole et, en fin de compte, à la construction de logements.

"Par extension, la transition de l'agriculture à grande échelle aux petites fermes a également eu des implications pour la mise en œuvre de mesures de préservation des terres et des efforts visant à renforcer la résilience des écosystèmes naturels pour répondre aux préoccupations des changements climatiques. Comme les terres deviennent plus petites, les agriculteurs ont tendance à exploiter toute la superficie de la propriété avec des cultures de court terme afin de maximiser les rendements financiers", indique le rapport.

"Les arbres qui devraient normalement entretenir le sol et servir de puits de carbone sont souvent enlevés, entraînant une dégradation accélérée des terres dans des environnements fragiles".

Il souligne également que les changements climatiques, notamment l’acidification croissante des océans et les évolutions dans les températures de la mer, affectent les ressources halieutiques et les types de migration avec des impacts qui en résultent sur la durabilité du secteur de la pêche, les moyens de subsistance, la santé humaine et les perspectives de sécurité alimentaire de la Dominique.

(FIN/IPS/2012)