Rudes épreuves pour les femmes qui accouchent au Congo
Allongée sur l'unique lit daccouchement vétuste de la polyclinique
Casop/Untc de Kikwit, dans la province de Bandundu, une femme saigne
abondamment pendant sa délivrance un soir davril. Sous léclairage dune
lampe tempête, une infirmière tout en sueur se démène. "Nous manquons même
des stéthoscopes obstétricaux. Comment surveiller rapidement les battements
du cur ftal ?", sinquiète-t-elle. Non loin de là, au Plateau, un quartier
résidentiel de la ville, une maternité na pas de pèse-bébé. Ou en a plutôt
un, en bois, de fabrication artisanale. "Nous l'avons confectionné pour
contourner la difficulté qu'éprouve l'institution", déclare Françoise
Ngondo, infirmière titulaire.
Depuis plusieurs années, la tâche nest pas aisée pour les femmes de Kikwit
qui accouchent dans ces conditions. Dans cette province de plus de 8
millions dhabitants pourtant voisine de la capitale du pays, il manque
aussi cruellement de médecin gynécologue. Ceux quon y rencontre de temps en
temps viennent de Kinshasa. Mais "ils sont rares et chers. Car, après la
médecine, il faut plusieurs années de spécialisation pour devenir
gynécologue", explique Colin Mulungu, médecin directeur de l'hôpital général
de référence de Kikwit I.
Parcours du combattant
Hors de la ville de Kikwit, les femmes des villages éprouvent encore plus de
difficultés pour accoucher partout ailleurs dans cette province de près de
300 000 km². Léloignement des maternités, la qualité des infirmiers aides-
accoucheuses sont autant de soucis pour les parturientes. Au nord de la
province, dans le district de Mayi-Ndombe et des Plateaux, cest à un
véritable parcours du combattant que sont soumises les femmes enceintes
avant datteindre une maternité. Elles doivent traverser forêts, marécages
et rivières avant darriver au centre de santé. "Jai eu de la chance,
raconte Jacquie Matondo, une femme qui a été transportée sur un vélo de son
village jusquau centre de santé le plus proche, à plus de 10 km. Sinon le
pire serait arrivé."
Les femmes vivant en campagne sont parfois transportées sur un simple
brancard sur de très longues distances. En février, trois ont été
transférées en retard du Centre de Kwenge (20 km de Kikwit) vers lhôpital
général de Kikwit II, où elles sont mortes dhémorragie dès leur arrivée.
"Elles ont connu des ruptures utérines dues à la presse abdominale forcée et
au mauvais usage de locytocine (hormone qui favorise laccouchement et la
lactation, Ndlr)", explique Paulin Kiyankay, médecin directeur. Selon le Dr
Colin Mulungu, la plupart des infirmières qui doivent faire face à ces
situations difficiles sortent fraîchement des écoles de sciences infirmières
et par manque dexpérience, elles ne peuvent pas faire de miracles.
Le pourboire pour des meilleurs soins
Travaillant dans ces conditions précaires et mal rémunérées, celles qui ont
de lexpérience monnayent souvent leur service pour compléter leurs maigres
salaires. "Lors de mon dernier accouchement, javais été mieux traitée que
les autres femmes parce que javais versé un pourboire aux accoucheuses",
témoigne Jacquie Mutondo. Appelé Placebo dans la région, le pourboire permet
ainsi de bénéficier de toute lattention du personnel soignant. "Nous ne
sommes pas bien payés par l'Etat. Cet effort nous aide à avoir quelque
chose", se justifie S. N., une infirmière à Kikwit.
Ministre provincial de la santé, Philippe Akamituna promet une amélioration
de la situation. Des partenaires extérieurs comme Memisa Belgique et la
Banque mondiale apportent en effet des appuis en matériels et en médicaments
aux centres médicaux. Un Plan national du développement de la Santé a été
adopté en mars dernier. Selon le médecin chef de district sanitaire de
Kikwit, il prévoit notamment la construction des centres de santé et des
appuis en matériels et en médicaments... Mais pour les femmes qui
accouchent, entre les promesses et lexécution du plan national, lattente
risque dêtre longue
(FIN/Infosud-Syfia Grands Lacs/IPS/2010)


