Les tisserands népalais rêvent de croissance
"Nous avons besoin d'une politique qui soutienne l'exportation", a déclaré Surendra Dhakal, le directeur de l'Association des exportateurs de tapis du Népal (NCEA). L'association souhaite aussi des zones spéciales où les producteurs ont accès à un régime fiscal plus favorable. "Nous devons être en mesure d'offrir aux clients leurs commandes à temps. Le gouvernement devrait garantir notre sécurité industrielle", estime Dhakal.
La première moitié des années nonante a été très bonne pour le secteur avec les tapis qui représentaient un tiers du total des exportations du Népal. En 1994, l'année de l'apogée, le Népal avait 3.000 entreprises productrices de tapis. Le secteur employaient directement et indirectement 1,2 million de personnes. En 2000, le volume des exportations a diminué d'un cinquième mais les exportations tournaient toujours autour des 10,4 milliards de roupies népalaises soit 110 millions d'euros à taux de change courants. C'est beaucoup d'argent pour un pays frappé par la pauvreté.
L'an dernier, les exportations de tapis au Népal ont à peine atteint les 5,3 milliards de roupies (56 millions d'euros). Il ne reste environ que 600 entreprises dans le secteur et pas plus de 100.000 Népalais continuent à gagner leur pain grâce aux tapis.
Inde
Selon Dhakal, il y a deux principales raisons à ce déclin. "Tout le monde au Népal a commencé à tisser des tapis et la qualité a beaucoup souffert. Par ailleurs, l'Inde est arrivé sur le marché avec des prix beaucoup plus bas". A Bhadohi seulement, un district dans l'État indien de l'Uttar Pradesh, pas moins de 500 villages ne font plus que des tapis. Un tisserand du Bhadohi gagne environ 25 euros par mois, soit moins de la moitié de ce que ses collègues gagnent au Népal.
La récession internationale se fait sentir jusqu'au Népal. L'Allemagne, autrefois le premier importateur de tapis noués à la main en provenance du Népal, n'a importé que pour 1,45 milliards de roupies népalaises de tapis l'année passée. En 2000, les Népalais fournissaient encore pour 6,77 milliards de roupies de tapis à Allemagne.
Heureusement que les exportations vers les États-Unis se portent mieux ces dernières années. Les exportateurs de tapis du Népal ont enregistré une croissance allant de 1,47 milliards de roupies en 2000 à 2,18 milliards de roupies en 2009. Cela s'explique, selon Dhakal, par le penchant américain pour des tapis de qualité car à ce sujet le Népal bat l'Inde. "Mais si notre gouvernement n'entreprend pas d'urgence des mesures adéquates, l'Inde nous battra également sur ce segment de marché", a averti Dhakal.
Le problème est que le Népal est englué depuis 14 années dans de graves crises politiques et des luttes, du coup les gouvernements successifs n'arrivent pas à travailler sérieusement. La guerre civile qu'a connu le Népal entre 1996 et 2006 a également eu un effet direct sur le secteur des tapis. Le gouvernement a essayé d'encourager l'élevage de moutons afin de limiter les importations coûteuses de laine pour les tapis, mais la plupart des moutons ont été mangés par des combattants rebelles.
(FIN/IPS/2010)
Photo : Une tisserande tibétain à Katmandou (Copyright: Bhuwan Sharma / IPS)


