L’Afrique du Sud oublie les femmes dans sa politique climatique

Lorsqu'on leur demande si elles ont remarqué le changement climatique en

cours Mary-Anne Zimri et Katrine Scheepers hochent de la tête. Les deux

femmes agriculteurs rappellent le manque de pluie cet hiver qui a entraîné

une mauvaise récolte et donc une chute spectaculaire de leurs revenus.

« Nous sommes confrontés chaque jour à un autre problème », se plaint Zimri

qui travaille dans une coopérative Scheepers à Wuppertal, un hameau dans la

province sud-africaine du Westkaap. La coopérative est spécialisée dans le

thé local « rooibos » mais elle produit aussi des légumes et fait de

l’élevage de bétail.

«Normalement, nous plantons nos rooibos en juillet mais cette année il a

fait trop sec pour en planter », explique Zimri. Pendant des décennies, ces

agricultrices comptaient sur la pluie en hiver mais la situation

météorologique a changé les choses de manière radicale.

Corvée d'eau

La petite coopérative n'a pas de système d'irrigation, du coup Zimri et

d'autres amies doivent régulièrement aller chercher de l'eau d'une lointaine

rivière. Mais l'eau qu'elles peuvent transporter ne suffit pas à assurer une

bonne récolte.

Non seulement le rooibos souffre de la sécheresse mais également les

cultures qui servent à l'alimentation des animaux. Le manque d’eau a

également drastiquement réduit le rendement des légumes sur les champs. Le

gel inhabituel en hiver a par ailleurs dévasté les cultures de pommes de

terre.

« Le changement climatique, la pauvreté, l'environnement et entre l’égalité

des sexes sont des thématiques étroitement liées », affirme Louise Naude du

Fonds mondial pour la nature (WWF) en Afrique du Sud. WWF a organisé la

semaine dernière à l'Université de Westkaap une réunion sur les femmes et le

changement climatique.

Une enquête démontre que les femmes sont plus vulnérables au changement

climatique parce qu'elles sont moins susceptibles de garder des ressources.

En cas de changement climatique, elles devront passer plus de temps à

collecter de l’eau et du bois. Les filles sont parfois extraites de l'école

pour aider la famille dans les travaux d'appoint.

E-mail

Le ministère de l'Environnement du gouvernement sud-africain prépare

actuellement un plan national sur la question climatique et consulte à cet

effet des experts et des organisations non gouvernementales. Le contenu de

ce document est encore confidentielle mais les experts spécialisées sur la

problématique du genre ont eu accès au texte et elles regrettent que les

mots « femmes » ou « genre » n’y figurent même pas. « Une politique

climatique efficace doit commencer et finir en parlant des gens. Ce document

ne tient pas compte de cette réalité », rappelle Dorah Lebelo, coordinatrice

de Gender CC - Femmes pour la justice climatique.

Selon Lebelo, le gouvernement a consulté trop peu de parties. « Les femmes,

les personnes les plus touchées par les changements climatiques, n’ont

presque pas été prises en compte ». La militante critique aussi la méthode

utilisée pendant ces consultations à savoir l’usage du courrier

électronique. « Le ministère de l'Environnement suppose que tous les gens

savent lire et écrire. 24 % des adultes sud-africains qui sont durement

touchés par le changement climatique sont exclus des débats. Les petits

agriculteurs - principalement des femmes – n’ont ni ordinateur, ni internet,

elles ne peuvent donc pas participer au processus », commente-t-elle.

Le document qui reste encore provisoirement confidentiel indique que le

gouvernement sud-africain s'est engagé à trouver des solutions à grande

échelle pour répondre au changement climatique, des solutions telles que le

soutien à l'énergie nucléaire et les modifications génétiques. Des solutions

qui n’arrangent pas trop les femmes.

"La priorité semble résider dans l’innovation technologique et aucune

solution ne vise à changer les modes de vie des gens ordinaires », dit

Lebelo. "Nous avons besoin de solutions impliquant les personnes, les

solutions qui mettent l'accent sur des situations spécifiques et qui

utilisent les connaissances locales. Nous voulons, à terme, créer des

conditions dans lesquelles les femmes elles-mêmes pourront prendre les rênes

du pouvoir et ne plus dépendre des autres ».

(FIN/IPS/2010)